Non à la cancel culture, sauf quand ça t’arrange?

Critiquer les réseaux sociaux est devenu un sport national. Mais les champions de cette mise en cause sont souvent les plus grands utilisateurs de ces réseaux, auxquels certains/certaines doivent toute leur existence publique.

Pourtant, les réseaux sociaux, comme n’importe quel outil, ont du bon pour qui en fait un bon usage. Avant de critiquer le mauvais usage qu’en font les autres, peut-être appartient-il à chacun et chacune d’observer ses propres pratiques. Pour éviter ou écarter le pire, il faut donc veiller à ne pas tomber dans l’auto-complaisance, en s’autorisant ce qui est interdit aux autres. Par exemple, pour lutter contre le phénomène déjà bien installé de cancel culture, il faut s’assurer de ne pas en être complice, et de ne pas la pratiquer soi-même !

La cancel culture n’est pas une pratique nouvelle, mais elle a été largement amplifiée par les réseaux sociaux qui lui ont donné une nouvelle dimension. Attention, les réseaux sociaux ne sont pas la cause, mais seulement les amplificateurs. Se tromper sur ce postulat, c’est comme regarder le doigt de celui qui montre la lune.

Désormais identifiée sous cette appellation, la cancel culture est une des plus regrettables illustrations et conséquences de la tyrannie de ces réseaux dits sociaux. Il s’agit d’un boycott où la violence est légitimée au nom d’une supposée justice sociale en faveur d’un monde meilleur. Son objectif est simple : tenter d’interdire le débat, pourtant déjà difficile, surtout quand le nombre parfois encore limité de caractères empêche le développement d’une réflexion complexe. Son principe : imposer des idées, en faisant pression sur les personnes ou les organisations pour leur dicter une façon de penser, voire d’agir. C’est la pratique de groupes de pressions qui utilisent le harcèlement, l’intimidation, la dénonciation publique pour affaiblir, voire détruire et donc éliminer, celui ou celle qui ne porterait pas la bonne voix ou la bonne pratique.

La cancel culture montre les limites de la liberté d’expression sur les réseaux sociaux. Alors que ces derniers ont donné au plus grand nombre un espace public pour s’exprimer, ils engendrent aussi des obstacles à cette liberté d’expression. En jouant sur l’émotion populaire, animée ou manipulée, sincère ou opportuniste, des justiciers du web autoproclamés, des activistes politiques y font régner, avec une relative impunité, une forme de terreur de la pensée.

Ne pas être les complices de la cancel culture

Ces pratiques de menaces, d’humiliation, de désinformation sont bien évidemment contraires à nos lois et à notre culture de liberté. C’est pourquoi nous devons ou devrions rejeter catégoriquement, fermement, définitivement ces dangereuses dérives. Nous devrions aussi les dénoncer, les décrypter, les expliquer, pour les rendre visibles de toutes et tous, et compréhensibles pour le plus grand nombre. Mais une partie du succès de ce harcèlement en ligne vient du silence observé, comme souvent, par beaucoup de victimes qui en arrivent à penser qu’évoquer ce type de situation serait honteux ou la preuve d’une faiblesse. Pourtant, la honte ne doit jamais être portée par les victimes. Elle doit toujours être renvoyée sur les agresseurs, quels qu’ils soient !

Mais attention, nous pouvons aussi parfois être facilement, volontairement ou involontairement, les complices de la cancel culture.

On peut en être complice passivement, en laissant faire quand il faudrait réagir, en se taisant au lieu de dénoncer, en préférant se cacher plutôt que s’exposer, par manque de réactivité, par lâcheté ou simplement pour éviter les coups à prendre.

On peut également en être complice par opportunité immédiate et facile, pour régler des comptes, se faire justice soi-même… Cela peut se traduire par la simple publication d’un avis négatif, subjectif, en réaction immédiate à une situation, une émotion, une déception… pouvant donner à celui-ci un écho disproportionné par rapport aux faits, risquant de créer des dommages personnels, professionnels, économiques, hors proportions, durables, injustes…

La cancel culture ne passera pas par moi

On assiste même parfois à des actions de name and shame de la part d’autorités publiques, pourtant représentantes de la loi, qui elles-mêmes, probablement pour pallier leur incapacité à agir, utilisent le bruit médiatique pour donner l’illusion d’une action ou d’un engagement. Elles participent à légitimer la cancel culture, qu’elles devraient au contraire combattre pour privilégier le Droit, la seule règle valable en démocratie.

La cancel culture ne doit donc son développement et sa prospérité qu’à notre complicité ou à notre passivité. On ne doit ni fermer les yeux, ni se taire. Ce n’est pas chose facile de lutter contre, surtout face à des adversaires souvent anonymes, aux intentions pas toujours claires, aux moyens ou soutiens parfois insoupçonnés. Il faut être conscient des méthodes et des pratiques dont on peut être victime, les refuser, les dénoncer et surtout les expliquer. Cette communication ne permettra pas d’éviter le mal, mais de l’affronter et d’en réduire les impacts négatifs. Pour cela, il faut avoir la force de dire NON à la cancel culture !

Frédéric Fougerat
Président de Tenkan Paris
Cofondateur de Cogiteurs

Frédéric Fougerat

Président Tenkan Paris

Frédéric Fougerat (@fredfougerat pour les tweetos) est président de Tenkan Paris, agence conseil en communication de crise, image et réputation de personnalités sensibles, et cofondateur-associé de Cogiteurs, agence conseil en communication corporate, collectif de DirComs au service des DirComs.

Il a dirigé la communication de collectivités publiques durant 15 ans, et la communication de grands groupes internationaux pendant 20 ans (SBF 120, LBO…).

Le magazine Forbes l’a classé en 2021, n°1 de son top 100 des décideurs les plus influents de la communication en France. Frédéric Fougerat est Commandeur de l’ordre national du Mérite, chevalier du Mérite agricole, et chevalier des Arts et des Lettres.

Il est l’auteur de livres sur le management «Un manager au cœur de l’entreprise» et «Le Goût des autres, mes recettes de manager», et sur la communication «Un DirCom n’est pas un démocrate», «La Com est un métier», «Anthologie de la Com» et «Le dico de la Com» aux éditions Bréal Studyrama.

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