Informez-vous ! ou indignez-vous ! Le nouvel opus de David Fayon

Le dernier livre de David Fayon, Informez-vous ! relève d’une approche holistique avec le numérique et l’innovation qui restent en toile de fond.

Le fil directeur est l’évolution de l’information au fil du temps – il distingue 7 étapes – et son impact sur la société. En effet, l’information a toujours été source de pouvoir et la bonne information permet la bonne décision qui conduit à l’action optimale. Elle est également sujette à manipulation et à désinformation, d’où une vigilance citoyenne notamment avec les réseaux sociaux et la rapidité de prompter en utilisant des IA qui peuvent amener à confondre vitesse et précipitation. Cette profondeur historique amène un recul et une mise en perspective qui fait du bien.

L’objectif est d’aider les citoyens à mieux chercher, comprendre l’information alors que les données abondent et que désormais les IA génératives sont omniprésentes et constituent une solution rapide et de facilité. Il rappelle que celles-ci délivrent des résultats probabilistes non déterministes du fait des biais, hallucinations, etc. D’où la nécessité d’avoir une pensée critique et un discernement. Il avance même que l’intelligence artificielle est la 4e blessure narcissique de l’homme avec la singularité ou le risque que l’intelligence humaine soit supplantée par la machine. Il invite également à se positionner en partenariat homme-machine et à maîtriser ces nouveaux outils dans un processus de « destruction créatrice » à la Schumpeter conduisant à de nouvelles tâches, de nouveaux métiers. Il insiste sur les mutations liées au télétravail, à l’usage d’un bien plutôt qu’à sa détention que l’on retrouve dans le numérique, au coût marginal et aux formules premium.

Tout en revenant sur les révolutions agricoles, industrielles et numériques, il montre les succès des pays qui ont dominé le monde, s’interroge sur les causes du déclin des grandes puissances (Égypte ancienne, Grèce puis Rome antique, Chine jadis) alors même que la France n’est pas dans un brillant état (partie 2). Il cite des exemples de pays qui ont réussi dans des domaines et qui peuvent être sources d’inspiration pour nous. La partie 3, optimiste, est là pour donner des pistes pour nous en sortir avec des remèdes de cheval afin que la France ne sorte pas de l’histoire même s’il concède qu’il existe des timides progrès dans quelques rares domaines et qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. En effet, selon lui, les fondamentaux ne sont pas là, notamment liés à la désindustrialisation et à la perte de souveraineté tout en insistant sur la complexité administrative et la dette.

Il introduit le concept du polbot où l’application des lois de la robotique d’Isaac Asimov à la politique pour que celle-ci soit plus éthique. Il dénonce le « coup de com permanent » et la recherche du buzz systématique et cite le présentateur Léon Zitrone « Que l’on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L’essentiel est que l’on parle de moi » pour occuper voire saturer l’espace médiatique. Nous le reproduisons ci-après :

Postulat 0 : L’objectif de toute politique est la préservation de l’Homme et de la biodiversité partout sur Terre et, à terme, dans l’univers.

Postulat 1 : Il convient d’avoir une vision et de donner un cap. Celle-ci doit être de l’ordre d’une génération et non du court terme propre à des intérêts strictement personnels ou liés à une réélection. Ceci ne doit pas être en contradiction avec le postulat 0.

Postulat 2 : Il existe des idées intéressantes partout même chez les extrêmes (gauche et droite) et il convient de les analyser comme de les comprendre nonobstant les signaux faibles noyés dans la profusion de données. Cependant leurs mises en œuvre peuvent, pour certaines, poser des problèmes économiques ou sociaux les rendant en partie irréalistes. Pour ne pas attiser une frustration grandissante, il convient d’apporter des solutions même si leurs fruits sont récoltés sur le long terme et sans être en contradiction avec les postulats 0 et 1.

Postulat 3 : Il est important, outre sa vision et du programme qui en découle, d’écouter les bonnes idées du terrain qui circulent sur les réseaux sociaux notamment pour l’enrichir de façon collaborative. Ceci permet d’avoir un ratio de 2/3 de top down et d’1/3 de bottom up. Ceci correspond à une équation gagnante et inclusive. Cet enrichissement ne doit pas être en contradiction avec les postulats 0, 1 et 2.

On notera des punchlines comme « complotiste un jour n’est pas complotiste toujours » en citant pour l’origine de la covid la possible fuite du laboratoire de Wuhan alors que la doxa accusait au départ et avec aplomb le pauvre pangolin, des références à Alexis de Tocqueville ou aux philosophes du siècle des Lumières (et même à Coluche ou à Desproges !). Il revendique l’expression « lumières numériques » qu’il mentionnait dans son livre Made in Silicon Valley en 2017 et reprise dans un autre sens par le sociologue Gérard Bronner en 2021. Il prône notamment dans ses 10 conseils pour mieux s’informer en fin d’ouvrage de recourir à des sources variées y compris des personnes ne pensant pas comme soi et aussi sur les réseaux sociaux bien que les algorithmes aient tendance à montrer des contenus similaires à ses centres d’intérêt ou plus grave encore ses idées avec des « bulles de filtres ». On retrouve des suggestions dans le domaine digital fort heureusement.

Les exemples alternent entre actualité et événements historiques marquants pour amener au voyage. Il dénonce une fausse écologie qui se résume en 4 verbes (taxer, interdire, culpabiliser, punir) et prône au contraire une écologie à 4 dimensions selon les 4 éléments fondamentaux (reforestation pour la terre, pollinisation pour l’air, plancton et chasse au plastique dans les océans et en amont pour la mer, transition numérique avec une sobriété énergétique alliée à une maîtrise démographique qui passe par l’éducation des jeunes filles dans les pays en voie de développement pour qu’elle ne soit pas maman une première fois à 13 ans pour le feu).

Il appelle également à un débat d’idées renouvelé pour endiguer la désaffection démocratique et la montée des extrêmes face à un parti qui se rêve unique. On constate aussi sa passion de la France, de sa géographie, de son histoire et de sa culture sans pour autant renier l’Europe mais craint une « France diluée dans une Europe fédérale » et une perte des libertés avec les différents Pass en citant l’habitude d’usage liée à la technologie et telle la grenouille portée petit à petit à ébullition qui s’engourdit pour finir ébouillantée tels des citoyens anesthésiés.

C’est in fine un livre de culture générale et qui nous amène à nous interroger sur l’avenir que nous souhaitons avec les opportunités du progrès mais également les risques.

Ibrahim-Yves

Fondateur L'annuaire digital

Passionné de communication et de marketing, j'ai eu à coeur de créer cet annuaire pour en faire une plateforme multi-fonctions destinée à accélérer la transition digitale de tous.